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Yannick Delpech : l’étoile affranchie de la gastronomie française

Publié le 19 janvier 2026

Chef prodige devenu le plus jeune étoilé de France en 2000, Yannick Delpech revient au firmament en 2025 avec Acte II, son adresse toulousaine intimiste.

Loin des codes guindés, il revendique une gastronomie sincère, nourrie d’enfance, de terroirs, de musique et de rencontres. Un personnage entier, à la fois terrien et bohème, pour qui la cuisine est avant tout une histoire d’amour.

Une étoile tombée du ciel

« C’est une surprise, pas une reconquête » sourit Yannick Delpech en évoquant l’étoile Michelin obtenue en 2025 avec Acte II. Après avoir été le plus jeune étoilé de France en 2000, puis avoir volontairement laissé filer son macaron en 2009, le chef avait même tourné la page de la haute gastronomie en 2019.

« Quand j’ai ouvert Acte II, je voulais recréer l’esprit table d’hôte que j’avais préalablement trouvé dans mon établissement de Gaillac : un menu unique et une atmosphère conviviale ».

Et pourtant, l’étoile est revenue, comme par effraction. « Ce n’est pas moi qui suis allé la chercher. C’est elle qui m’a rattrapé ». Plus savoureuse encore que la première, car dénuée de pression. Et révélatrice, selon lui, d’un tournant pour le guide rouge : « Le Michelin a compris que la gastronomie change, que les jeunes générations veulent de la sincérité avant tout. Si mon étoile peut ouvrir la voie à d’autres, alors tant mieux ».

Une cuisine de mémoire et de vérité

Sa cuisine actuelle est moins un manifeste technique qu’une reconquête intime. « Ce qui m’inspire aujourd’hui, c’est mon enfance dans le Tarn, les repas familiaux, le potager, les volailles de la ferme et la cuisine de ma mère ».

Des bases franches et goûteuses – cultivées, cuisinées, partagées – devenues son socle. « J’ai mis du temps à revenir à ça. Mais c’est ce qui me rend le plus heureux ».

« Je ne cherche pas la démonstration, je cuisine comme je parle : simplement, directement, avec sincérité ». Dans son frigo, un citron n’est jamais bien loin, ingrédient fétiche qu’il aime presser en dernière touche pour réveiller un plat. « C’est un concentré d’énergie, d’acidité et de parfum ».

 

 

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Des maîtres et des univers

Deux maisons ont marqué son imaginaire : Michel Bras à Laguiole et Olivier Roellinger à Cancale. « Ce ne sont pas seulement des chefs, ce sont des créateurs d’univers. Quand on franchit leurs portes, on entre dans un monde cohérent, habité. C’est ça qui me fascine ».

Une vision qu’il transpose à Toulouse, avec un lieu vivant qui évolue au gré de ses humeurs. « J’ai besoin que mon décor me ressemble. J’ai récemment refait mon billot central avec du verre, de la transparence. Je ne veux pas d’une déco figée ».

L’esprit du Sud-Ouest, l’appel de l’océan

Terrien dans l’âme, Yannick Delpech reste profondément attaché au Sud-Ouest. « J’ai beaucoup voyagé, mais je suis toujours heureux de revenir ». Il aime autant les saveurs du Tarn que l’iode d’Arcachon, où vivent ses enfants. « Mon cœur est ici, entre terre et mer ».

Et s’il devait choisir une autre cuisine du monde : « L’Italie ! Une cuisine familiale et paysanne, qui parle d’amour et de terroir ».

Une playlist intime

Trois titres accompagnent son univers : Let it loose des Rolling Stones, Le bruit du silence de Stephan Eicher, et La robe et l’échelle de Francis Cabrel.

« La musique me nourrit autant que la littérature. Bukowski, par exemple, est une influence majeure : sa façon d’écrire vrai et brut me touche. Et ma cuisine, je la veux comme ça, immédiate et sincère ».

Une table pour Dieu et Bukowski

Pour qui aimerait-il cuisiner ? « Dieu. Je lui servirais une simple salade de tomates et lui dirais : Bravo… mais regarde ce que les hommes ont fait de ton héritage. »

Et Charles Bukowski : « Sa manière de décrire la saleté de l’existence me bouleverse. Comme préparer des tripes à sept heures du matin, avec une cigarette et un café ! »

Le chef et l’homme

S’il a été un patron dur à ses débuts, Yannick Delpech revendique aujourd’hui une approche plus humaine. Dans la cuisine comme dans la vie, il cherche moins la perfection que la vérité.

« Ce qui m’apaise ? Le sourire de mon maraîcher arrivant avec ses légumes le matin. Sentir que quelqu’un met tout son cœur dans son travail, ça me touche ».

 

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Acte II, un manifeste

Plus qu’un restaurant, une déclaration d’indépendance. « Aujourd’hui, je m’en fiche de ce qu’on dit de moi ». Peut-être est-ce cela le luxe ultime : une étoile gagnée sans compromis, une table où l’on goûte autant la sincérité d’un plat que la liberté d’un chef.

Site web : yannickdelpech-acte2.fr Instagram : @Acte II